Auriane Mallo-Breton…Maternité et haut niveau : l’équilibre assumé d’une championne

Devenir maman une première fois bouleverse une vie. Le devenir une seconde fois la redéfinit encore autrement. En fin d’année dernière, Auriane est devenue maman pour la deuxième fois. Un moment de bonheur profond, qu’elle évoque avec beaucoup de simplicité et de lucidité.

«  « Je suis vraiment hyper heureuse. J’ai beaucoup de chance d’avoir deux enfants en bonne santé, et c’est tout ce qui compte. » »
— Auriane Mallo-Breton, Escrime

Cette seconde maternité s’inscrit dans un quotidien déjà bien rempli, entre vie de famille et sport de très haut niveau. Mais elle arrive aussi avec davantage d’expérience, moins de questionnements superflus et une capacité renforcée à prendre du recul.

Deuxième maternité : l’expérience comme boussole

Par rapport à sa première grossesse, Auriane ressent moins de stress sur certaines choses. L’expérience du premier enfant change la perspective. Elle permet d’accepter plus facilement ce qui ne se maîtrise pas et d’agir avec davantage d’instinct.

«  Quand tu as déjà vécu ça, tu prends moins la tête. Tu fais, et tu fais comme tu peux.  »
— Auriane Mallo-Breton, Escrime

Avoir deux enfants rend aussi certaines réalités plus concrètes. Le temps de repos, plus présent lors de la première grossesse, disparaît presque totalement lors de la seconde. Il faut composer avec l’aîné, ses besoins, son énergie, sans jamais lui donner le sentiment d’être mis de côté. Cette charge supplémentaire est réelle, tant physiquement qu’émotionnellement.

Grossesse et sport de haut niveau : s’écouter avant tout

Auriane ne prétend pas détenir une vérité universelle sur la grossesse. Elle parle simplement de ce qu’elle connaît : une grossesse vécue en tant qu’athlète olympique.

«  Je pense qu’on a beaucoup moins peur de faire du sport qu’une personne qui n’est pas athlète. »
— Auriane Mallo-Breton, Escrime

Pour autant, son message est clair et nuancé. Bouger pendant la grossesse est possible, mais à une condition essentielle : s’écouter.
Il y a des jours où l’énergie est là, où le corps répond, où l’on peut en faire davantage. Et d’autres où il faut accepter de ralentir. Cette alternance n’est ni un échec ni un recul. Elle fait partie du processus.

Auriane insiste sur l’importance de pratiquer une activité physique de manière intelligente, sans chercher à forcer, et espère contribuer à faire évoluer le regard porté sur les femmes enceintes, encore trop souvent associées à l’inactivité.

Un corps qui change, un mental à apprivoiser

Si physiquement elle a su s’adapter, mentalement la grossesse a été plus complexe à vivre. Auriane le dit sans détour : elle n’aime pas être enceinte.
Voir son corps changer, accepter de ne plus tout maîtriser, lâcher le contrôle sont autant de défis qui ont nécessité un véritable travail sur elle-même.

Pour elle, l’accouchement n’a jamais été une source d’angoisse. Il représentait avant tout la rencontre avec son fils… et la fin d’une période qu’elle avait hâte de laisser derrière elle.
Les moments de fatigue et de doute sont arrivés par vagues, amplifiés par la gestion du premier enfant, qui, lui, ne fait pas de distinction entre une maman enceinte ou non.

Credit photo : Team Bizzi

La reprise : retrouver le mouvement et le plaisir

La reprise du sport s’est imposée naturellement. Auriane n’a jamais réellement arrêté et a recommencé à bouger progressivement une dizaine de jours après l’accouchement.
Ce retour à l’entraînement est vécu de manière très positive. Même si le corps est différent, même s’il n’est pas encore exactement comme elle le souhaiterait, chaque sensation est source de satisfaction.

Pouvoir repousser progressivement les limites, constater qu’elle est capable de faire de plus en plus de choses malgré la fatigue, nourrit une dynamique très encourageante.

Fatigue et récupération : un nouvel apprentissage

Le principal défi de cette reprise n’est ni physique ni mental, mais lié au sommeil. L’accumulation du manque de sommeil, combinée à l’augmentation de la charge d’entraînement, constitue la difficulté majeure.
Auriane reconnaît avoir longtemps eu du mal à accepter les temps de repos, notamment les siestes, qu’elle associait à une perte de temps. Aujourd’hui, elle apprend à considérer la récupération comme une composante à part entière de la performance.

Sa formation en kinésithérapie périnéale, couplée à l’expérience de sa première grossesse, l’aide également à affiner encore davantage l’écoute de son corps et à ajuster son entraînement avec plus de précision.

Maternité et performance : une force nouvelle

Être maman a profondément modifié sa manière d’aborder la performance. Et sans hésiter, Auriane l’affirme : elle n’a jamais été aussi performante que depuis qu’elle est maman.
La maternité permet de remettre les choses à leur juste place. Les résultats ne conditionnent plus la valeur personnelle. Les enfants aimeront leur mère qu’elle gagne ou qu’elle perde.

Cette prise de recul renforce paradoxalement l’engagement. Auriane veut gagner, se battre, donner le meilleur d’elle-même, mais avec une sérénité nouvelle. Pouvoir rentrer chez elle, se regarder dans un miroir et se dire qu’elle a tout donné est devenu essentiel.

Transmettre, au-delà des résultats

Aujourd’hui, Auriane fait partie des plus expérimentées de son groupe. Cette position s’accompagne d’une nouvelle responsabilité : celle de transmettre.
Transmettre aux plus jeunes ce qu’elle a mis du temps à apprendre. Partager son expérience du sport de haut niveau, mais aussi ce qu’il enseigne sur l’organisation, la résilience, l’exigence : des compétences transposables bien au-delà du sport, notamment dans le monde de l’entreprise.

Un message aux femmes et aux mamans

À celles qui doutent encore de la compatibilité entre maternité et ambition, Auriane adresse un message clair : rien n’est impossible à partir du moment où on le veut vraiment.
Ce chemin demande de l’organisation, un entourage solide, de la motivation. Il n’est pas simple. Mais il est possible.

La grossesse apprend aussi à mieux connaître son corps, à l’écouter davantage et à lui faire confiance. Un corps capable de donner la vie est un corps capable de bien plus qu’on ne l’imagine.

Regarder devant

La suite du projet sportif est déjà en ligne de mire : tenter une sélection pour les championnats d’Europe et du monde cet été, ou, à défaut, viser ceux de l’année suivante. Et plus loin, un objectif intact : les Jeux de 2028, avec l’envie d’aller chercher l’Or Olympique.

Aujourd’hui, Auriane résume cette période de sa vie avec une évidence : la maternité est la plus belle qu’elle ait vécue jusqu’à présent.
Et chaque jour, en montant dans sa voiture RESPECT pour rejoindre l’INSEP, sachant que ses enfants sont en sécurité, elle mesure la chance de faire partie d’un collectif qui lui permet de concilier exigence sportive, sérénité et équilibre de vie.

Credit photo : Team Bizzi

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